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Dimanche 21 mars 2010 7 21 /03 /Mars /2010 17:29

Ça sentait la ménagerie, là-dedans. Une odeur qui ne cadrait pas vraiment avec la chambre d’hôpital couleur lavande mimosa où tu attendais que ça passe. Quand on est entré, on t’a vu te redresser, surpris, chafouin, comme un loir sorti d’un fourré. La chambre paraissait trop grande pour toi :

-Ah, c’est vous !, tu as dit, avec l’à propos de celui qui n’a plus rien à perdre.

Ça a paru un peu te rassurer de nous reconnaître. Tu t’es empressé de te recoucher, fatigué, respirant tes quelques litres d’oxygène alloués.

Pendant qu’on allait t’embrasser, tu n’as presque pas bougé. Le moindre effort te faisait suffoquer. Tressautant, échevelé, pas rasé, tu étais pourtant beau comme un camion de pompier. Notre Antonio Banderas picard.

Tu avais gardé ton teint hâlé de mâle latin. Tu portais le masque respirateur de Darth Vader réglé à 6 kilos d’oxygène voire beaucoup plus si affinités. Sous ta chemise d’hôpital, tu avais les cannes de serin du Christ en croix et un slibard à rayures. Le total look du séducteur. Tu n’étais pas à ton top, ça se voyait quand-même. Le temps des olympiades du sexe était loin derrière toi…

 Maman t’a interrogé et tu as répondu par des locutions où se mêlaient bon nombre de « bof », « moyen », « dors pas », « ça va sans ça »…

Tu n’avais pas faim. Ça sentait le hamster parce que tu  n’avais pas eu la force de te laver, et trop honte de demander qu’une aide-soignante le fasse pour toi. Tu étais dans la droite ligne de la devise des hommes de la famille : SURTOUT, ne pas déranger.

Pourtant, là, sans vouloir nous commander, tu morflais pas mal quand même. Tu en avais marre. Tu voulais rentrer à la maison. Plus que deux jours d’examens, et tu rentrerais, c’était acquis. De toutes façons, y’avaient des vacances en Sardaigne de prévues pour juin où tu serais là sans peut-être y être, en tout cas, sans déranger.

Mardi, au beau milieu de la nuit, à quatre heures du matin , j’ai entendu maman hurler. Je l’ai récupérée comme j’ai pu dans les escaliers.

Les vacances en Sardaigne étaient annulées.

Papa, quand l’ange te guidera à travers le labyrinthe, tu le suivras sans broncher. Quand il te désignera ta place, il se retournera sur toi en souriant, te demandant : « ça vous va, là ? »

Tu lui diras sûrement : « ouais, oh, bof, comme vous voulez, hein ?… »   

Par David Lantano - Publié dans : nouvelles
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Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /Jan /2010 00:38

Il se réveille en sursaut, au milieu de la nuit, et tout de suite il est plongé dans la peur.  Il y a quelque chose, là, à quelques mètres. Quelque chose qui l’attend, se dit-il, bien qu’il n’ait aucune idée de ce que cela puisse être.

Il y a une seconde, un choc sourd l’a tiré du sommeil, puis il a senti un léger souffle d’air sur sa joue.  Mais tout cela est impossible, aussi ne sait-il pas comment réagir.

Il ne fait pas un geste au tout début, comme s’il risquait de briser le fragile équilibre qui avait jusque là empêcher la chose de l’attaquer.  Puis, lentement, en se redressant dans son lit avec d’infinies précautions, il décide de se raisonner.

Il n’y a rien, il ne peut rien y avoir.  Personne n’entrerait dans sa chambre à cette heure-ci, et s’il s’agissait d’un cambrioleur, il serait déjà mort.  Du moins, est-ce ce qu’il imagine de la mentalité d’un professionnel du crime.

Il tousse légèrement et marmonne quelques mots pour se rassurer. Sa voix est bue par les ténèbres.  Il se penche alors hors de son lit et décide d’allumer la lampe de chevet.

Il est sûr, qu’en faisant la lumière, il désintégrera l’ennemi qu’il sait ne pas être là.  Mais il lui faut le faire vite, avant de céder à la panique.

Sa main s’avance alors, timidement, comme un tentacule aveugle à travers l’obscurité, à la recherche de la lampe, ou à défaut, de la table de nuit.  Il sait assez précisément où elle se trouve, aussi est-il surpris de ne pas l’atteindre.  Il se penche plus en avant, croyant simplement qu’elle se trouve un peu plus loin que prévu, et finit par s’étirer de toute sa longueur.

Il ne trouve rien.  Il se met alors à balayer l’espace des deux mains, au hasard, sentant peu à peu la peur laisser place à la colère.

La lampe reste toujours hors de portée.

Il se lève alors et n’a qu’une hâte:actionner l’interrupteur près de la porte d’entrée, pour enfin cesser ce petit jeu stupide.  Il verra alors où se trouve la chose imaginaire et la table de chevet bien plus matérielle.  Et il rira s’il faut rire.

Il longe le lit, et se dirige avec précautions, bien qu’assez rapidement vers le fond de la chambre, ses pieds nus glissant sur le carrelage glacé.  Il atteint le mur et il localise l’angle de la pièce par de rapides tâtonnements.  Puis, il se met à chercher l’interrupteur.

Quelques battements de cœur plus tard, il se retrouve dans une sorte de nage grotesque le long du mur, les larmes perlant à ses paupières. La lumière est introuvable.

Il finit par se calmer, et s’adosse au mur.  La sueur coule le long de son cou et rend son maillot de corps poisseux.   Il tuerait pour un verre d’eau.  Mais pour cela, il va lui falloir sortir.

Il pressent déjà que ce ne sera pas facile.  Il ferme les yeux alors, et se fait une image mentale de la disposition des pièces.  Le corridor sortant de sa chambre et menant aux différentes salles de l’étage. La bibliothèque et la petite salle d’eau à gauche. La chambre de sa mère et l’infirmerie à droite. L’escalier menant au rez-de-chaussée et, au bout du couloir, l’immense fenêtre en forme de rubis qui donne sur le parc et les chênes gardiens. En bas le salon victorien aux meubles austères, la cuisine toujours en désordre et les chambres inoccupées.  Tout cela plongé dans le silence et l’obscurité.  Il espère qu’il pourra encore fouler le sol de ces pièces.

Il se remet debout et se dirige vers l’endroit virtuel où est censé se trouver la porte de la chambre, l’endroit où elle s’était trouvée toutes les nuits précédentes et qu’il avait assimilé comme tel.  Bien entendu, elle n’est pas là et les coups de poings qu’il donne rendent le son mat de la pierre, au lieu du martèlement sonore auquel il s’était attendu. Il cesse vite et se met à la recherche de la porte de cette chambre-ci.  Il lui faut la trouver où qu’elle mène. Parce que s’il ne peut pas sortir de là, il va devenir fou.

Il fait le tour de la pièce plusieurs fois, et il ne trouve aucune porte, aucune fenêtre, aucun meuble (à part son lit), et aucune aspérité à sa portée.  Les murs semblent totalement lisses.

Quelque chose monte dans sa gorge  pour hurler et il lui faut lutter avec une violence inouïe pour se contrôler.

Il essaye alors d’appeler à l’aide, mais il s’arrête vite.  Qui pourrait l’entendre?  Sa mère dort dans l’abrutissement chimique des somnifères.  Et il n’y a personne d’autre dans la maison.  D’ailleurs, il doute qu’il se trouve encore dans sa maison.  Peut-être a-t-il été enlevé?

Il refait une nouvelle fois le tour de la pièce, en se dressant cette fois-ci sur la pointe des pieds, et en étendant au maximum son bras dans l’espoir de trouver une ouverture.  Ce nouvel effort met à rude épreuve son cœur tabagique et il étouffe un rire dément devant le grotesque de la situation.

Pourtant, contre toute attente, cela ne se révèle pas totalement vain.

Car au milieu du mur de droite, à plus de deux mètres de hauteur, ses mains rencontrent une rainure.

Aussitôt, pris d’une euphorie soudaine, il se met à explorer sa nouvelle découverte.  Procédant par petits bonds successifs, il tente de cerner la nature et les limites de cette nouvelle anomalie.

Bientôt, il a compris.

La rainure est la partie inférieure d’une ouverture.

Sans hésitation il décide alors de l’escalader et d’une traction poussive, il se retrouve allongé, sur un sol métallique glacé, l’ouverture se révélant, en fait, un tunnel juste assez grand pour qu’il l’emprunte en rampant.

Un bref coup d’œil autour de lui, lui fait remarquer un détail: les murs semblent émettre une lueur rouge si faible, qu’il se demande si ce n’est pas une hallucination. Ne sachant que faire et ne pouvant reculer, il commence à ramper, s’introduisant plus profondément vers l’inconnu.

Au bout d’un temps incroyablement long, passé à avancer comme une limace, ou plutôt comme un gros ver blanc, des idées désagréables commencent à l’effleurer :

Et s’il ne pouvait pas ressortir?  Et s’il était condamné à ramper pour toujours, condamné à lécher sa sueur avant de mourir de soif?  Et si la lueur rouge qu’il devine était un gaz toxique, en train de ronger ses poumons?  Et si le tunnel était un piège?

Et plus que tout, que ferait-il s’il restait bloqué?

Cette dernière idée fait son cœur se contracter brutalement.

Il s’arrête soudain, venant de remarquer un nouveau détail.  Il y a un son, un bruit de fond tout autour de lui, un murmure bas et ronflant, et surtout très rythmique, extrêmement rythmique.  Le bruit que pourrait faire une machine aux pistons puissants et très sûrs.  Des pistons habitués à la compression.

Soudain, il sent les murs se rapprocher, se refermer sur lui. Et une peur suffocante s’empare de chaque particule de son être.

Commence alors une danse étrange entre lui et les parois. Celles-ci se referment sur lui, mais ne vont jamais tout à fait jusqu’à l’écraser. Non, elles prolongent le supplice. Elles se séparent en cylindres plus fins qui font comme une combinaison complexe de pistons autour de lui. Ils le contraignent à prendre des postures étranges, il ne peut mettre son corps que là où il reste de l’espace et cet espace est très restreint, de plus en plus restreint. Il enfonce sa main dans un espace libre, et sent sa cheville se faire écraser, il la retire et se retrouve le genou collé au visage quand un cylindre glisse et lui permet de relever un peu la tête, il sent alors sa main repoussée par un piston et il lui faut se contorsionner à nouveau... Après, quelques minutes de cette activité il est aux frontières de la folie.

Combien de temps reste-t-il alors, supplicié, ahanant et pleurant dans cette machine folle? Il ne saurait le dire, c’est un cauchemar et le temps est élastique. Il aimerait pouvoir revenir en arrière, mais cela lui est impossible. Du reste, il ne sait plus discerner l’arrière de l’avant. Il n’y a plus de direction, ici. Il n’est nulle part, au centre d’un trou noir, au milieu d’un vide délétère, forcé de rester en mouvement continuel pour occuper un espace contraint. Il comprend que cela ne s’arrêtera plus, désormais. Et même si cela s’arrête à un moment, cela perdurera d’une autre façon, bien longtemps plus tard...

Après un moment impossible à mesurer, il finit tout de même par croire qu’il se déplace dans le tunnel, aux fines imperfections qu’il remarque sur les murs. Et cela lui redonne un vague espoir…Jusqu’au moment, beaucoup plus tard, où il réalise que ces tâches et ces éraflures reviennent par intervalle régulier. Ce qui ne peut avoir qu’une seule explication. Sa reptation est un perpétuel recommencement. Un cercle sans fin.

Le temps des vivants s’est arrêté pour lui. Il vit désormais dans le temps cyclique des damnés.

Soudain, il y a une sensation de chute puis un choc. Il pousse un cri rauque de douleur. Il vient de tomber de quelques mètres sur une surface dure et froide. Il reste un instant sans pouvoir bouger, épuisé, n’arrivant pas à réaliser qu’il est libre : il n’est plus le jouet de la machine. D’ailleurs, il n’entend plus rien venant de derrière lui, comme si elle n’avait jamais existée. Le soulagement investit son corps comme un orgasme magnifié. Le simple fait de pouvoir se relever, rester immobile et respirer le fait pleurer de bonheur. Le cercle est rompu. Le supplice a pris fin.

Il tend les mains devant lui et tourne sur lui-même en babillant comme un enfant. Il se rend compte qu’il est dans une pièce sombre et chaude. Il n’y voit presque rien. De quelque part devant, lui parvient un léger ronflement, mais ce bruit n’a étrangement rien d’effrayant . Il s’avance précautionneusement vers la source du son et découvre un lit. Quelqu’un dort et son sommeil est agité car sa respiration est saccadée. Il se dirige vers la tête du lit et se penche vers le dormeur. Il n’a pas besoin de lumière pour reconnaître le visage. C’est le sien.

Par David Lantano - Publié dans : nouvelles
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Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /Jan /2010 00:22

L’écho de ta voix en rêve

Ne me dit plus l’avenir

Ni les bonnes vérités

J’ai laissé grandir la douleur

Dans le vide

Où même ton regard s’est déporté

De n’avoir su t’atteindre

Te blesser comme il faut

Au creux béant de l’armure

Tu ne m’as pas pardonné

Comme tu haïssais ma froideur

Comme tu me la faisais dégorger !

Pourtant vois comme je souris

Comme j’habite les déserts

Avec simplicité

Quand bien même exclus

Si je ne suis plus de ton ordre

Tu vois, je réponds encore à ton signe

Et meme si ce mot qu’il faudrait dire,

Tu ne sais pas y songer

J'apprendrai ce qu'il faut de ces jours

Qu’on doit laisser filer

Si tu habites le silence

Je ferai semblant de rien

Si je m’étrangle à ta ligne 

Tu ne le sauras pas

Je deviendrai un autre

Où tu ne me seras rien

Et comme l’arbre à la nuit

Tu ne m’entendras pas tomber

Reconnais au moins ma prestance

Ecoute : un coup de feu résonne

Les plus hauts oiseaux 

Font les plus beaux fusillés

 

 

Par David Lantano - Publié dans : Poèmes
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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 20:55

Allez, viens, je serai gentil comme un animateur télé. Je t’emmènerai en week-end à Center Parcs. J’irai te voir dans ta cité-dortoir où tu me présenteras tes parents et tous tes amis que je trouverai parfaits. Après le parcours balisé restaurants-cinés, je finirai même par t’épouser dans la mairie d’un bled pas marqué sur la carte. Je serai bourré, bien sûr. Y’aura des tas de types de ta famille qui feront des blagues pour l’occasion et je regretterai mon erreur quand je te verrai faire la chenille avec les autres déconneurs. Mais il sera trop tard. Après la gueule de bois, on s’installera dans un pavillon témoin à la campagne. On s’habituera à l’odeur de la bouse et à la noria des mobylettes. Tu redécoreras toi-même toute la maison avec des chiens en plâtre. Tu en achèteras même des vrais avec qui tu passeras la nuit, vautrée sur le canapé. Ton père me trouvera un boulot à l’usine de retraitement des déchets. Tu t’occuperas des ptits vieux dans un hospice. Le midi, on partagera des pâtes au beurre devant Derrick. Les soirées, je les passerai en survêtement au bar de la Marine. Je me mettrai au Tiercé. Je rentrerai après 6 ou 7 pastis et te trouverai très belle. Tu ne diras rien, résignée, mais tu feras la planche sur le plumard pendant que j’en terminerai avec ma « petite affaire » en pensant à la France. De cet amour naîtront deux enfants virgule trois. On leur donnera les prénoms du moment et on les collera devant la télé. Tu passeras tes week-ends chez le coiffeur à te permanenter ou bien on ira chez tes parents jouer au scrabble jusqu’au dégoût. L’été, on ira en vacances à la mer. On choisira toujours le même camping au Grau-du-Roi pour éviter les surprises. Un soir de soûlerie, je te tromperai avec une esthéticienne de 22 ans et tu l’apprendras. Tu me le feras payer. Tu retourneras tout le monde contre moi. Même ma famille me répudiera. Tu partiras chez ta mère avec les enfants et je te supplierai pour te voir revenir. Tu ne le feras pas. La période de notre divorce coïncidera à peu près avec celui de mon cancer. J’y survivrai car la mauvaise herbe est tenace et que je ne sais pas comment mourir mais je deviendrai amer comme un verre de gentiane. Je verrai tout le monde me fuir comme si j’avais la peste. Je deviendrai un vieux beau à gourmette ; un pitoyable tchatcheur de lolitas. Je régresserai. Je chercherai à revenir à toute fin à la période du lycée où tout était faussement plus simple. Je tannerai mes ex-amis pour reformer notre vieux groupe de rock, ça en deviendra gênant. La réalité me rattrapera. On me verra me courber et blanchir à toute vitesse. J’entrerai dans la vieillesse à genoux. Et lorsque enfin, par miracle, j’aurai fait la paix avec moi-même au début d’une dernière aventure, je me ferai renversé par un car de retraités en route pour La Grande Motte. Allez viens, quoi...Pourquoi tu veux pas?

Par David Lantano - Publié dans : nouvelles
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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /Déc /2009 23:41

L’écrivain a l’œil vif et le poil lustré. L’écrivain a des kilos à revendre mais sait rester digne. À cause de sa non-coupe de cheveux longue de 3 mois l’écrivain ressemble à un footballeur est-allemand des années 70. L’écrivain fait des clés de bras à son oreiller pour s’endormir la nuit. Oreiller 1- Ecrivain 0. L’écrivain n’est pas le champion des tâches ménagères. L’écrivain jette l’éponge devant la vaisselle à faire. L’écrivain va sans doute bientôt ne pas être publié mais chut chut c’est un secret taisons-nous. L’écrivain s’en fout. L’écrivain n’a plus envie de vivre d’espoir et d’eau fraîche. L’écrivain passe encore devant les enseignes au néon des bars de nuit mais ne s’y arrête plus et ne finit plus par terre ou vomissant tripes et boyaux en souvenir de dieu sait quoi. L’écrivain relève la barre et reprend du service. Grâce à son mode de vie épuré l’écrivain ambitionne de remplacer bientôt le dalaï-lama dans l’art du dénuement. L’écrivain est toujours mesuré dans ses propos. L’écrivain se moque de la charité. L’écrivain console ses amis au téléphone. L’écrivain est un parangon de normalité. L’écrivain va bien merci pour lui même s’il est quelque part gêné aux entournures. L’écrivain angoisse de vieillir comme une page blanche. L’écrivain est émotif comme une pucelle et pleure à la mort de Bambie. L’écrivain suit l’écrivain dans les vitrines du centre-ville. L’écrivain se prend parfois pour Jack Torrence les nuits sans Kim Wilde. L’écrivain sera heureux à Pâques ou à la Trinité.

Par David Lantano
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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 13:52

Une vision près du fleuve alors que j’étais si mal en point que j’avais peur de m’effondrer ou de faire un arrêt cardiaque dans le matin pâle: Venu des lointains d’un froid soleil de novembre, voilà qu’une flèche me transperçait jusqu’à me laisser tout suffocant autour. Pas vraiment la flèche sucré de Cupidon, je veux dire, mais plutôt celle, radiante, de l’huissier de justice implacable qui me tient lieu d’ange protecteur. Sous mes yeux brûlants, l’ange exécuteur du remords me déroulait la liste infinie de mes égarements. Il n’oubliait pas un mot, bien entendu, pas une ligne de cet effarant constat qui ne fût consignée:

J’avais brûlé tous les ponts sous moi, scié mes propres branches ; mordu chaque main tendue jusqu’au sang, saboté toutes les ambulances, coulé mes porte-avions. J’avais noyé tous mes désirs sous l’alcool. Je n’avais plus rien voulu ressentir. Je n’avais plus voulu aimer et j’avais parfaitement réussi. Je t’avais laissée t’enfuir avec un vieux cheval sur le retour qui n’en demandait pas temps…

L’ange fonctionnaire ânonnait toujours: Cela aurait pu, j’aurais pu, tu aurais pu, on aurait pu, nous aurions pu ; le regret à conjuguer à tous les temps de tous les modes 3600 fois par heure. Telle serait ma punition.

15 années, disait l’ange sans un mot, 15 années à me comporter comme un gamin de 3 ans qui met sa main dans le mixer pour voir qu’est-ce que ça fait. Et bien, ça avait fait mal, en fait. Mais je n’avais toujours rien appris. J’avais même recommencé.

Ça fait bien longtemps que j’suis dans le dur, maintenant. À pelleter du gravier jusqu’en Chine en y pigeant que dalle. J’aimerais encore mieux être le gars qui sourit pour rien avec son vieux mégot; celui que je croise certains aprèms ; le ptit gars tout naze qui pèche à la ligne pour passer le temps; plutôt que cette espèce de gros chameau savant qui sait faire des claquettes. Je suis englué dans la vase, maintenant, je ne peux plus bouger. C’est fini. Et mon espace vital s’est encore réduit. J’aurais pas cru ça possible. Maintenant, mon territoire, c’est plus rien que les néons du supermarché au rayon surgelés. Ce soir, je regarderai encore si des fois tu serais pas là allongée parmi les croquettes de poissons, endormie pour l’éternité, et qu’on dirait que t’attendrais qu’un signe pour te relever.

Mais tu n’y seras pas.

T’as jamais trop eu le sens de la blague de toutes façons.

Par David Lantano - Publié dans : nouvelles
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Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /Nov /2009 21:50

Car tu es belle comme la nuit de Noël ; comme un hymne à la joie ;  comme une qui aurait tout compris; comme une pub pour le bonheur  ; comme une nonchalance étudiée ; comme un regard croisé dans une vitrine ; comme une éternité de sommeil paradoxal ; comme une fracture sur une mappemonde  ; comme toi et moi au sommet du monde ;  comme un compte en banque aux îles Caïmans ; comme un passage à tabac en règle ; comme un sauvetage en mer ; comme une chanson de Leonard Cohen ; comme un blasphème au confessionnal  ; comme un calendrier pour anges libidineux ; comme une révélation dans un texte sacré  ; comme une nuit étoilée en territoire hostile ; comme une brève vision par la lorgnette ; comme une coquille heureuse dans un communiqué  ; comme un 4-4-2 les soirs de victoire ; comme un oh oui oh ouiii à tâtons dans le noir ; comme un oiseau fusillé en plein vol; comme une promesse d’un futur possible ; comme toute la came que tu peux t’injecter dans les veines ;  comme un feu de bois le soir à la veillée ; comme une faute de passage une erreur de jeunesse  ; comme Lilith quand elle se fait câline ; comme un alléluia de larmes et de baisers ; comme les éphélides le long d’une nuque ambrée le reflet d’or de cheveux sous la fenêtre ; comme une triomphale cavalcade ;

Car tu es belle et que moi, je ressemble à rien…

Par David Lantano
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Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /Nov /2009 17:33

                                                   Les soirées de l’asocial

 

« You’re a sick fuck. Do you know that?”

                                                                                       -The Fisher King

 

Je dis pardon à un pied de table et je sursaute, hargneux, brûlé à vif, tournant sur place comme un derviche, crispé comme un ver dans l’incinérateur. Traînant la patte, je dérobe vite vite un verre et me tourne à nouveau vers le public, en conspirateur sous surveillance. On m’a peut-être vu et il vaudrait mieux pas. Problème de conscience et de réputation. Je présente, à titre préventif, un sourire confus à l’assemblée mais fait face à un voisin de dos, couvert par le bruit blanc de la conversation. J’écoute de mon mieux les exégèses de la conjecture. Je me calme et je m’efforce d’écouter.

Quelqu’un a-t-il parlé de l’Espagne ?

Quelqu’un a parlé de l’Espagne, je jubile,

Quelqu’un parle d’Espagne, j’en suis sûr.

Ou plutôt non, je ravale mes anecdotes, on n’en parle plus, déjà, c’est trop tard, mais j’en viendrai sans doute dans quelques heures.

Un instant plus tôt, j’étais au centre du maelström. Mais après un lent, infiniment lent mouvement de tango solitaire au milieu de groupes s’amalgamant, me voici dans un coin, prêt d’un placard, arrimé à un verre déjà aux trois quarts vide, à examiner avec grande minutie les consignes d’urgence à suivre en cas d’incendie.

Un grand type me bouscule, puis un autre. Je suis dans le passage. Je gêne. Et où que je déplace ma carcasse, il semble qu’elle bloque encore la voie. Je me lance dans une forme de mouvement perpétuel hasardeux. Je me mets en orbite étrange, évitant de mon mieux les collisions interdites.

Je m’arrête enfin en zone neutre. Mon verre est vide, maintenant. J’en aperçois d’autres, là-bas, sur la table que j’ai savatée tout à l’heure. Ils contiennent tout mon courage mais ils seront aussi ma ruine, j’en suis encore conscient. Je ne peux pas m’y risquer, je sais bien que je ne peux pas m’y risquer. D’ailleurs, presque aussitôt, une fille me sourit et dérègle pour un temps ma stratégie saoulatoire.

Pour tout dire, je suis stupéfait, foudroyé. Cela n’arrive pas. On ne fait pas cela. Il doit bien exister quelque convention internationale qui interdit formellement de me troubler. Mis en déroute, je redeviens conscient à l’extrême de la désolante composition carbonée de mon corps, de mon ventre empli de viscères, de mes yeux brûlants, de mon cœur ravagé et de mon foie en berne. Par quelque prodige surhumain, j’écarte les lèvres et parviens à lui renvoyer une honteuse imitation de sourire. Mais je ne tiens pas la pose et suis forcé de rompre l’engagement. Il s’avère alors que mon verre est toujours vide.

C’est le signal donné de prendre les apéritifs d’assaut.

Toujours seul au milieu de la troupe, je fais la navette et le monde devient peu à peu marshmallow et je fomente de violents projets d’enlèvement. En quelques minutes elle est devenu l’alpha et l’omega. Je m’étonne même de n’y avoir jamais pensé. Tout se terminera mal, je le sais. Je le souhaite presque, petit faiseur de tragédie. Je dessine déjà mes Mane, Thecel, Phares, sur le mur des toilettes.     

Après il y a le saut dans le vide. FLASH.Après il y a l’empoignade avec le mec de la fille, et l’intervention d’un médiateur. Le type qui joue le rôle du gentil et me fait passer pour une ordure. FLASH Après j’envoie tout le monde se faire foutre. FLASH. Après, je continue ma saoulerie dans un bar encore ouvert. J’explique tout au patron : mon ami, mon frère. FLASH.

Après il y a une chute sur les pavés, quelque part au milieu de la ville. FLASH. Après, je me réveille dans la nuit tout habillé sur mon lit, frissonnant, en sueur, en me répétant la question à cent balles :

Mais bon dieu, pourquoi est-ce que j’ai fait ça ?

 

Par David Lantano
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Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /Oct /2009 15:42

Après un trajet maussade sur une route de campagne, les parents vous traînaient vers un pavillon où vous ne vouliez surtout pas mettre les pieds. Trop tard. Sitôt la porte passée, des trolls à l’affection invasive s’emparaient de vous: embrasser joue, embrasser joue, embrassades, mains dans les cheveux et que je te serre et que je te manipule. Le rire tonnait dans des salles à manger couleur de sous-bois à la laideur banale estampillée vieille France. C’étaient linoléums, portraits de chiens et lignées de Ricard troubles sur toile cirée.

Vous, vous n’étiez personne. Un chien fou, le fils du coucou déguisé en coup de vent. Vous, vous auriez bien voulu être ailleurs. Loin. N’importe où. Mais il fallait faire semblant d’être là, pas moyen. Surmonter la haine du corps. La haine du sang qui rugit aux oreilles. Le dégoût du contact et de la matière. Surmonter la gêne brûlante à la vue de ces visages changeants, ces maelströms de chairs mouvantes qu’il aurait fallu reconnaître et aimer. C’était votre famille, nom de dieu.

Vous n’y parveniez simplement pas.

Une fois replié dans la chambre d’enfants, ça n’allait pas mieux. Un fils crétin vous apprenait quelque jeu cruel d’extermination d’insectes avant de vous forcer à vous battre. Vous faisiez semblant de rien, opposant votre résistance passive au petit abruti bagarreur jusqu’à l’abandon. Puis, après avoir examiné et déclaré mort chaque objet de la pièce, vous finissiez par vous détourner.

Vous perdiez déjà très vite toute espèce d’intérêt à cette époque, il faut bien l’avouer. Vous sentiez qu’il devait y avoir autre chose. Autre chose de plus ESSENTIEL réservé à quelques affranchis. Vous pensiez que peut-être les adultes, alors... Mais dans la pièce d’à côté, les conversations de parents doppelgangers exaltaient la vigueur résignée de l’action. Le travail. L’adéquation au monde. Un mystère, pour vous qui étiez marqué au sceau de l’étrangeté :

Stupéfait matin, midi et soir.

Le café réchauffait dans la cuisine. On vous offrait des limonades. Au pied du canapé, un vieux chien, les oreilles en berne, n’en finissait pas de mourir sans moufeter de son cancer à l’intestin. La télé crachait sa nauséeuse réclame naïve et les joies collectives des programmes nationaux. Vous vous teniez simplement là, piégé, traqué, vrillé par l’ennui, essayant de percer les murs à force de volonté. Cherchant désespérément votre matière, une ruée hors du doute. On finissait par vous libérer bien sûr, mais dans la cour, c’était le même naufrage désolé, la même incommensurable déception :

Soleil toujours trouble. Regard toujours voilé.

Rien à signaler et impossible de s’envoler.

Vous auriez aimé rejoindre la forêt, tout la haut sur la colline.

 

Après d’interminables adieux, le retour se passait les yeux rivés à la vitre passagers…

Par David Lantano
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Samedi 26 septembre 2009 6 26 /09 /Sep /2009 00:19
Je déménage et j'informe donc mes nombr..., mes 4 lecteurs réguliers (et tous les autres) que je ne serai sans doute plus

en mesure de publier quoi que ce soit avant un petit moment; moment pouvant aller jusqu'à plusieurs mois. Vu ma

production actuelle, ça ne changera sans doute pas grand chose, mais bon, voilà...
Par David Lantano
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