Samedi 20 octobre 2007

Match de football en plein air, l’après-midi. Des cons, bringuebalant leurs graisse à trente ans passés, courent derrière un ballon. Un autre con, assis dans les tribunes, à se geler les couilles les regarde :c’est moi. Je suis fasciné par la dose de candeur et d’abnégation qu’il faut à un adulte pour cet exercice à priori inventé pour les chiens. C’est vrai, s’imagineraient-ils courir après un bâton pour le ramener sans cesse au lanceur, sans réticence, sans honte ? Se rouleraient-ils par terre comme des cabots sans cette mascarade? Bien sûr que non. Pourtant, encadrés par les règles du football -rien de plus qu’un prétexte à mon avis- ils se précipitent sur la balle comme si c’était la chose la plus importante du monde. Esprit grégaire ? Survivance d’un instinct guerrier ? Connerie magnifique ? Ne me demandez pas. Tout ça me dépasse totalement.

J’assiste donc au match de quatrième série : Trifouilly – Bitencourt, sous un ciel couvert. Non pas pour mon plus grand plaisir, mais pour encourager les exploits de mon pote David, le chéri de ses dames, accessoirement avant-centre de l’équipe locale. Le spectacle est tragi-comique sur le stade. Ça ahane, ça s’appelle, ça s’insulte. Les gestes techniques sont, au mieux, à demi réussis, au pire, dangereux pour la santé des joueurs. Les voix résonnent un peu minables dans le stade quasiment désert. Le match se traîne, c’en est à se flinguer. J’observe les déhanchements frimeurs de mon pote, à l’avant. Parmi tous les joueurs de foot, les avant-centres sont les pires. Ça se dandine, ça se recoiffe, ça se plaint sans arrêt, de ne pas recevoir la balle au bon endroit, au bon moment, pour l’exploit prémédité, simulacre d’orgasme par équipe. La moitié du temps, les mains sur les hanches comme un empereur romain, David sprinte parfois, tombe souvent, se relève les yeux au ciel, admonestant je ne sais quelle divinité de lui refuser le but tant mérité. Finalement, le match se termine par la victoire des visiteurs 2 :1, mais en prenant en compte le fait que le deuxième but a été inscrit dans une position évidente de hors-jeu, on peut considérer, que la défaite n’est pas méritée, m’explique David. En gros, qu’ils n’ont pas tout à fait perdu.

Je le retrouve après le match, maussade et mastiquant avec rage. Vitalité gominée, simplicité. Tout est victoire ou défaite. Pas d’obsession, pas de souffrance existentielle pour David. Un « solide » bon sens, un « solide » appétit, un « solide » sens de l’humour. Dans le café où on se console de la défaite, les joueurs refont le match. On décide que l’équipe adverse était « prenable ». C’est ce qu’on avait déjà dit avant la rencontre, et la défaite n’a rien changé à cette conviction, au contraire, elle n’a fait que la conforter. Comme quoi, les faits ne changent pas les théories, en football. Agitation, grandes gueules. Les joueurs sont tous de la même trempe stupide et enthousiaste. L’essence même de l’humanité rayonnante. Je ne fais pas partie de cette trempe. Je ne fais pas partie de cette équipe. Je suis un handicapé social, émotionnellement disqualifié. Je me rends compte soudain de l’implication : ce type de consolation m’est interdite. L’idée de solidarité, de camaraderie virile me font rire, je n’y peux rien. Je me sens à l’étroit dans cette mauvaise foi tacite et obligatoire. Chargé de l’exprimer, je ne fais qu’acquiescer. Je me sens loin. Le plus loin imaginable de la vie véritable, de son centre exact, petite bille de métal incandescente. J’étouffe.

par David Lantano publié dans : L'enfer des caniches (obsessions)
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Retour à la page d'accueil

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Octobre 2008
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus