La nuit se faufilait entre nos bras de traîne
Et tes lèvres peignaient sur mes doigts un poème
Vague, oraison banale au bonheur égoïste
Qui fleurit dans l’instant, et périt au jour triste.
Quatre nuits ou bien cinq, dans un autre décor,
À siroter ta bouche, à respirer ton corps;
Quatre nuits à t’aimer, à te sauver du froid,
À te chercher, aveugle, de mon corps, de ma voix.
Quatre nuits près de toi, douceur injustifiée,
Comme une aura gagnant ma conscience hébétée
Et puis la fin de tout sur un pont à pleurer,
Et puis je ne sais plus, je ne veux plus penser.
Des autres corps venus, entrevues au hasard,
Éclats subits de peaux, élancées sous le fard;
De leur grâce parfois plus légère et plus belle,
Rien n’a plus pénétré mon cœur de sentinelle.
J’ai, parmi les douleurs vagues de la raison,
La conscience aiguë de cette dérision :
Le souvenir triomphe, la nature s’est trompée
Je ne sais plus pourquoi ces baisers-là comptaient.
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