Le Bien est faux et superficiel. Le Mal est profond et véritable. Je couche avec le Mal qui coule dans mon sang, qui emplit mes poumons comme une évidence, alors que j’oublie vite tous les principes du Bien. Je ne retiens pas mes leçons, je déteste le catéchisme. La morale me donne envie de vomir. Je fais simplement semblant avec tout le monde parce que je n’ai pas le choix. Parce qu’on brûle les sorcières et les magiciens. Je suis un imposteur avec ceux qui m’aiment et je déteste devoir les tromper. Mes amis, ma famille se font une fausse idée de moi. Je déteste leurs marques d’affection. Je ne les mérite pas. Ils s’adressent à un autre que moi. Ça me gêne. Ça me brûle. Je suis simplement mauvais comme on respire, il ne faut pas aller chercher plus loin. Je suis fatigué de l’effort constant que je dois faire pour leur cacher la vérité. Les seuls qui me parlent le langage que je comprends sont les salopards qui ne m’aiment pas. Eux seuls savent trouver les mots pour activer la blessure toujours disponible que je porte en moi. La Bête toujours prête à beugler le seul message que je comprends. Celui de la souffrance. La souffrance est tellement violente, tellement intime, tellement ressentie qu’elle ne peut être que la vérité. Il n’y a pas d’autre explication. Le Mal parle le langage primitif de la chair. Le Mal est un éclair de vérité. Une révélation. Vivre, échapper à la souffrance, c’est comme essayer d’empêcher la vérité de se révéler. Une entreprise de censure vouée à l’échec.
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