Jeudi 13 décembre 2007

« Tu ne veux pas écrire. Tu veux avoir écrit. » me dit J-F, à qui j’explique mon projet d’écriture, à une table de bar. Et bien sûr il a raison. Je n’écris rien. Ou presque rien. Je me contente de penser à ce que je dois écrire. Les idées non-écrites paraissent toujours parfaites, séduisantes, nouvelles, mais elles résistent à la formulation. Elles sont toujours trop bonnes pour cela. Du moins, c’est ce que je voudrais croire. En fait, les idées n’existent qu’une fois formulées. Avant cela, ce ne sont que des impulsions vagues, des intuitions qui ont parfois cette intensité formidable des rêves, mais qui n’en ont en fait pas plus de signification, d’existence. Il est très facile de savoir ce qu’on doit écrire, mais beaucoup plus difficile de se mettre à la tâche et de se battre avec la syntaxe. Je suis trop exigeant et trop paresseux. Je me donne l’illusion d’écrire mais je n’écris rien. Ou presque rien.

Hervé, particulièrement bourré ce soir, nous raconte une de ses petites aventures de jeunesse. Il s’était décidé, un soir, quand il était jeune adolescent, à partir de chez lui, à fuguer et à faire de l’auto-stop jusqu’en Provence. Il nous raconte comment il s’était préparé, l’itinéraire sur l’Atlas des routes de France, le sac US, rempli de paquets de gâteaux, de barres chocolatées et de canettes de soda (à cette époque, il ne buvait pas encore). C’était les oliviers qui le faisaient rêver. Les oliviers et la mer. Il en avait marre des champs de maïs, marre de l’école, marre de tout, il nous a dit dans un grand geste de main qui a faillit nous balancer de la bière à la figure.

Hélas, quand ayant fini ses préparatifs de départ, il avait descendu les escaliers pour se retrouver dans le salon où son père regardait la télévision. Son vieux l’avait entendu et le dialogue avait tourné court. « Qu’est-ce que tu fais ?. -Heu…Rien, rien. – Alors, remonte te coucher, demain y’a école. » Et Hervé était rentré bien sagement se coucher. Ce fut tout. Pauvre petit animal inquiet, Hervé n’avait jamais plus essayé de se faire la malle. 

par David Lantano publié dans : L'enfer des caniches (obsessions)
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Commentaires

Comme je connais...comme je connais
Trop d'exigence pour compenser le manque d'énergie...Ainsi la barre est placée trop haute, pas de palier, non il faut le propre et l'emballé...
commentaire n° : 1 posté par : Bettina le: 20/12/2007 17:37:52
Oui...aucun compromis, aucune distance. On veut l'univers entier ou rien. Ben, en général, c'est rien...
réponse de : David Lantano (site web) le: 20/12/2007 21:22:09

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