Dimanche 10 février 2008

Le calme avant la tempête. C’est le soir de la Toussaint. Ce soir-là, on se joint au cortège qui se rend au cimetière Rakowice, près de la gare. Autour de nous, tout le monde est calme, recueilli, et cela semble agir sur elle. Elle a pris mon bras et on avance comme dans une lente procession. A ce moment-là, je pense à notre mariage qui, je le sais, n’aura jamais lieu. On en a parlé une fois. Elle m’a expliqué qu’elle m’aurait sans doute épousé « pour rire », si je lui avais demandé le premier jour de notre rencontre, que ça aurait été un truc fou à faire, mais que maintenant, c’était hors de question. Maintenant, ça n’avait plus de sens. Au milieu des arbres funéraires, toutes les tombes sont illuminées par les chandelles que les parents et les proches des morts y ont déposées. Des milliers de petites flammes vaporeuses et tremblotantes. On passe entre elles, à pas lents. Marta se serre contre moi car elle a froid. Elle s'abandonne à moi commplètement, comme au premier jour. Je me sens fort. Et je suis stupéfait de me sentir fort à nouveau.
Les petites corolles de lumière autour de nous scintillent comme les âmes des morts. J'accède à une compréhension nouvelle de ma situation. Je suis étrangement calme comme si je savais que j’abandonne quelque chose à cet instant. Pourtant, ce n’est peut-être pas Marta. Elle est apaisée et il est presque impossible de l’imaginer alors redevenue mon ennemie. Toute la colère et toute la rage que nous ressentons l'un pour l'autre ont disparu, comme dissipées par la solennité féérique de l'instant. Comme aspirées par l'air du soir. Je pourrais presque croire que tout va bien à sentir son bras autour de ma taille. Je pourrais presque croire que la Furie glaciale, la louve sadique avec laquelle je vis depuis des mois n'a jamais existé; que ma mémoire me joue des tours. Et peut-être qu'à son tour, elle a fini par accepter mes défauts. L'espace d'un instant, je crois comprendre.
Peut-être que c’est la proximité des morts qui nous fait cet effet. Peut-être que nous sommes  trop en vie. Trop plein de fureur, de folie et d'espoirs déçus. Peut-être que si l’on avait pu vivre à jamais au cimetière, quelque part dans un caveau, un couple de vampires au sang froid, nous aurions été heureux. Le bonheur était peut-être dans la tombe.

par David Lantano publié dans : L'enfer des caniches (obsessions)
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Commentaires

on dirait que cette affaire arrive à 1 tournant ?
(après les tourments)
commentaire n° : 1 posté par : Eric LOW le: 10/02/2008 10:40:17
Oui, on approche du dénouement, ça commence à sentir furieusement le sapin...
réponse de : David Lantano (site web) le: 10/02/2008 21:36:12

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