Lundi 13 avril 2009

Quelques jours plus tard, après la classe, j’ai fini par rencontrer la mère d’Alexandre. J’avais l’intention de lui expliquer ce qui n’allait pas dans le comportement de son fils. Mais alors que je les recevais dans ma classe, j’ai tout de suite entendu Alexandre apostropher sa mère :

« Nan, mais c’est toi, là ! T’arrêtes pas de m’énerver, tu me fous des tartes !

-Mais chéri, elle a dit, des fois, tu le mérites, aussi…

Alexandre s’est avancé en roulant des épaules avant de daigner s’asseoir.

-Madame, je pense qu’il faut faire quelque chose rapidement à propos d’Alexandre ; au sujet de son comportement. Il a une manière de s’adresser aux adultes, notamment, qui n’est pas admissible….

Puis m’adressant au fils prodigue :

-Tu vois, Alexandre, tu ne peux pas me parler comme à un copain, parce que je suis pas ton copain…

-Ben si, t’es mon copain !

La mère a alors essayé d’intervenir :

-Oui, chéri, le maître est un peu ton copain, c’est vrai, mais quand même pas tout à fait. Il faut que tu l’écoutes….

Merci de votre aide, madame…

Alexandre s’est alors levé pour déambuler dans la classe et aller faire des dessins au tableau, faisant signe que le cours que suivait la conversation ne lui seyait pas.

-Viens t’asseoir, j’ai dit, commençant déjà à m’énerver, on n’a pas encore fini.

-Oooooh !, il a soufflé, comme si on lui faisait perdre son temps.

-Oui, chéri, a dit sa maman, viens avec nous. On veut savoir pourquoi tu n’écoutes pas…

Puis, se tournant vers moi :

-C’est vrai qu’il a un caractère fort. Mais c’est bien, en même temps, il se laisse pas faire. C’est ce que je lui dis à la maison : s’il y a quelqu’un qui t’embête, tu réponds. Te laisse pas faire…

-Je crois que c’est un peu plus compliqué que ça, Ma.-

-Vous savez, le divorce lui a fait beaucoup de mal, m’a-t-elle coupé. Parce qu’il a pas l’air comme ça, mais il est très sensible. Je me demandais….si c’était pas un enfant précoce, en fait ?

-Précoce ? Qu’est-ce que vous voulez-dire ?

-Ben, vous savez, un surdoué, quoi…Peut-être que c’est pour ça qu’il est comme ça. Peut-être que c’est parce c’est trop facile pour lui et qu’il s’ennuie…

Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire :

-Oh, il est très possible qu’il s’ennuie oui, mais je vous assure qu’il n’a rien d’un surdoué.

Alexandre en minaudant a fini par venir se rasseoir. Mais il n’était certainement pas prêt pour autant pour une confession :

-Alexandre ! Tu écoutes un peu ? Ton maître te dit qu’il faut que tu sois plus sage, comme à la maison.

-Ben, je suis pas sage à la maison…Pis c’est de ta faute si je travaille pas, tu me fous des tartes, aussi….

Sentant qu’elle commençait à perdre la face, la mère s’est soudain emportée :

-Ecoute, il faut que tu travailles en classe, sinon t’auras plus la télé dans ta chambre, j’te préviens !

-Bah alors là, si tu fais ça, je te préviens, je fous plus rien ! »

Alexandre était impossible à déstabiliser. A la vitesse de sa réaction, j’ai compris qu’il devait avoir une longue habitude de la « négociation » avec sa mère. Quoi qu’on lui dise, il avait toujours le dernier mot. Il obtenait toujours ce qu’il voulait.

Plus tard, la mère, voulant sans doute sauver la face, a insisté pour me parler en privé. Là, elle a fondu en larmes :

-Vous comprenez, son père a essayé de me tuer. Et il me menace toujours. Et je sais pas quoi faire. Alexandre passe un week-end sur deux avec son père et comme il a peur de lui, son père et ses copains le font boire, et il va dormir à je sais pas quelle heure. Je sais pas comment arrêter ça….

-Je ne sais pas madame, vous êtes allée voir la gendarmerie ?

-Oui, mais ils disent qu’ils peuvent rien faire de plus. Mon ex-mari n’a juste plus le droit de m’approcher, mais ça change rien au problème.

Elle pleurait sans pouvoir s’arrêter :

-Oh, s’il vous plaît, dites-moi ce que je dois faire avec lui, je ne m’en sors plus….S’il vous plaît, dites-moi, dites-moi. »

J’ai essayé de lui expliquer comment s’en sortir avec son fils ; comment reprendre la main à la maison (je connaissais bien la théorie), mais elle voulait parler de son mari. Et là, j’étais perdu.

 J’aurais bien aimé l’aider mais je ne savais franchement pas quoi lui dire. Je n’étais ni un psy, ni un conseiller conjugal, ni un tueur à gage, après tout.

J’ai eu toutes les difficultés du monde à écourter la conversation. Et elle s’est mis à me raconter chacun des évènements les plus sordides de son existence avec le père d’Alexandre. Comme si, d’un coup de baguette magique, j’allais pouvoir régler tous ses problèmes.

Enfin, après une bonne heure de révélations trash, j’ai fini par réussir à m’en débarrasser. Je me sentais à la fois infiniment soulagé, passablement écœuré et complètement inutile. 

Mais je n’ai pas eu trop le temps d’y penser, quelques jours à peine plus tard, a commencé l’affaire des fringues lacérées.

Par David Lantano - Publié dans : Kit de survie en milieu hostile(roman)
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Commentaires

en + tu nous laisses sur le suspens ! quelle technique !
Commentaire n°1 posté par Eric LOW le 14/04/2009 à 19h38
Oui, n'est-ce pas, hein? En même temps le "cliffhanger" en fin de chapitre c'est pas une grande nouveauté...j'ai pas inventé la poudre non plus :-)
Réponse de David Lantano le 15/04/2009 à 19h03
Amy Winehouse non + ...
Commentaire n°2 posté par Eric+LOW le 17/04/2009 à 14h09
Oui, t'as raison, elle a plutôt tendance a se la mettre dans les narines...
Réponse de David Lantano le 18/04/2009 à 18h52

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés