Quand j’ai repris conscience, j’étais allongé sur un sol de béton. Ça sentait le vomi et la pisse partout autour de moi, et je mourais de soif. Je me suis relevé comme j’ai pu. La lumière au plafond était aveuglante. J’étais dans une pièce fermée qui ne contenait que quelques chaises dégueulasses. J’ai fini par comprendre que j’étais au commissariat, en cellule de dégrisement. J’ai frappé à la porte pour demander de l’eau, mais personne ne m’a répondu. J’ai regardé ma montre : il était cinq heures du matin. J’ai tambouriné à nouveau comme un malade sur la porte pour qu’on m’apporte un verre d’eau, mais rien à faire. Alors, j’ai fini par m’asseoir contre un mur, et je suis resté éveillé, pendant les 3 heures qui ont suivi, dans un état mental indescriptible. Il n’y avait pas que la lumière qui m’empêchait de dormir.
Finalement, au matin, la porte s’est ouverte, et on m’a amené devant un officier de police assis derrière un bureau.
Je me suis affalé sur la chaise devant lui, démoli.
« Alors, a commencé le policier, presque aussi las que moi, on a une plainte contre vous pour tapage nocturne et insulte à agents…
-Ah ?
-Oui, vous avez insulté les agents qui vous ont interpellé, totalement ivre…
-Qui ça ?
-Comment ça, qui ça ?
-Qui était ivre ? Les agents ou bien moi ?
-Je serais vous, je ne ferais pas le malin, vous risquez une amende de 450 euros…Vous les avez traité de tapettes, de fascistes et d’autres mots qu’ils ont pas bien compris. On est pas tous des littéraires dans la police…Et ça a continué à l’hôpital…
-L’hôpital ?
-Vous ne vous souvenez pas de l’hôpital ?
-Non.
-Ils vous y ont amené pour qu’on vous administre un sédatif. Là-bas, aussi vous étiez déchaîné…Vous êtes enseignant ?
-Oui.
-Hé ben, c’est un beau modèle que vous montrez pour la jeunesse. Vous savez quelles pourraient être les conséquences d’une condamnation sur votre casier judiciaire pour la suite de votre carrière ? Qu’est-ce qui vous a pris ?
Je lui ai expliqué en trois phrases.
-Vous devriez trouver une autre manière de vous calmer la prochaine fois. Ou ça pourrait être encore pire.
-Quand-est-ce que je m’en vais ?
-Vous avez bien compris ce que je viens de vous dire ?
-Oui. Quand est-ce que je m’en vais ?
-Enseignant, hein ? Allez-y barrez-vous !
-Et la plainte ?
-La plainte ? Quelle plainte ? Dégagez de là, je vous ai dit. »
J’ai quitté le commissariat comme un fantôme.
Une fois rentré chez moi, évidemment, je n’ai eu qu’une idée en tête : téléphoner à Lena pour m’excuser, essayer de lui faire comprendre, arranger les choses. J’essayais déjà de rassembler les arguments. Si je pouvais simplement me faire pardonner, je savais que je pourrais à nouveau respirer librement, et peut-être même dormir, sinon ce serait l’enfer.
Mais j’ai eu beau lui téléphoner dix fois, à chaque fois, je suis tombé sur son répondeur. La onzième fois, il n’y a même pas eu de sonnerie. Elle avait coupé son portable.
Il ne me restait plus qu’une chose à faire : attendre le lendemain pour pouvoir lui parler à l’école.
Toute une journée à attendre. Largement le temps de péter les plombs. Je suis allé acheter de l’alcool pour que le temps passe plus vite.
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